L’interview exclusive de Jean-Luc Blais (Part 1) : L’histoire d’un succès

Wedding planners
Jean-Luc Blais
231 . 2019

De Laura 23/1/ 2019

Ma rencontre avec Jean-Luc BLAIS est un événement que je n’oublierai jamais.
Je sais d’ailleurs que vous êtes nombreuses et nombreux derrière vos écrans à vous dire : « J’aurais tellement aimé être à sa place ! »

Alors imaginez-vous dans les rues de Paris, plus précisément à Bastille.
Aujourd’hui, vous avez rendez-vous avec Jean-Luc BLAIS !
Jean-Luc BLAIS n’est pas simplement le Wedding Planner français le plus connu dans le monde.
Jean-Luc BLAIS c’est l’homme qui a fait naitre le métier de Wedding Planner en France en l’élevant directement au plus haut niveau.
Son talent est recommandé aux quatre coins du globe.

Quelles histoires incroyables se cachent derrière ce personnage mythique ? Vous allez bientôt le découvrir.

Comment tout à commencé ?

J’ai une formation d’architecte d’intérieur et de scénographe.
J’ai démarré en 1985, à la fois dans l’architecture d’intérieur et les décors de cinéma. Je viens vraiment de là.
Je ne viens pas de l’événementiel mais, de par mon style qui était assez “théâtral”, on m’a très vite proposé des décors des fêtes et des événements.
Je suis donc arrivé dans ce milieu un peu par hasard.

Néanmoins, j’ai toujours continué à faire parallèlement mon métier d’architecte d’intérieur et de décorateur de cinéma tout en créant des décors événementiels.

Ce sont souvent les demandes de mes clients qui m’ont fait évoluer, chaque nouveaux projets me poussent à aller plus loin, à me dépasser et à faire des choses auxquelles je n’aurais pas forcément pensé à la base.

Et puis, il y a eu de plus en plus de demandes de décors pour des fêtes ou des événements. Les clients commençaient à me demander non seulement de travailler sur le décor, mais d’organiser l’événement dans sa totalité : chercher le lieu, travailler sur le carton d’invitation, organiser et produire l’événement.

Mon plus, c’était effectivement le décor, car je suis décorateur à la base. Donc, bien évidemment, on va dire que les décors étaient toujours peut-être plus spectaculaires qu’avec d’autres agences dont le métier était plus d’organiser et de produire des événements.
Je pense que c’est cela qui a vraiment fait la différence, en tout cas au début.

Mais l’organisation d’événement c’est un métier. Ça ne vous a pas fait peur de vous lancer alors qu’à la base vous n’y connaissiez rien ?

Vous savez, tout s’apprend. L’organisation ce n’est pas très compliqué. Il suffit juste d’être rigoureux, organisé, ce n’est pas ce qu’il y a de plus difficile.

Je dirais que quelqu’un qui est rigoureux et méthodique, peut organiser un événement. Après pour le reste on apprend comme tout le monde sur le terrain.

J’avais de plus en plus de demandes pour organiser et concevoir des événements, c’est donc à cette période que j’ai décidé de fonder l’agence Jean-Luc Blais Événement, en 1995.
Cela faisait déjà une dizaine d’années que je travaillais en tant qu’architecte d’intérieur, donc j’ai créé l’agence plus spécifiquement pour m’occuper de la conception et de l’organisation d’événements.
Mais à l’époque, je ne n’organisaispas de mariages.
C’est-à-dire que les événements dont je m’occupais étaient plutôt axés sur le luxe : la haute couture, la haute joaillerie et les Arts de la table. J’étais plutôt sur ce créneau-là.

Je mettais aussi en scène, en tant que scénographe, pas mal d’expositions.
C’était soit des expositions pour des événements comme des salons où vous aviez des expositions thématiques, soit des expositions pour des grands magasins.

printemps hausseman

À l’époque, les grands magasins avaient un vrai budget exposition. Aujourd’hui c’est moins le cas, car bien évidemment, ce sont des budgets vraiment conséquents voués uniquement à la communication, pas de retombées financières directes, même si quelquefois des produits dérivés de l’exposition peuvent être vendus. Malheureusement, aujourd’hui nous sommes plus sur un système de rentabilité immédiate où, lorsque vous occupez un espace dans un grand magasin, au prix du m2, il faut que cela soit rentable tout de suite.

Cequi n’était pas le cas dans les années 85-90. À l’époque j’avais comme client lePrintemps Haussmann et j’avais mis en scène une exposition sur l’histoire de la robe de la mariée.

Comme à chaque fois, lorsque je mets en scène une exposition, je me plonge dans sujet, dans la thématique et l’histoire. Je ne connaissais pas spécialement l’histoire de la robe de mariée, j’ai donc découvert son évolution à travers les âges, avec l’arrivée des robes blanches au XIXème, les robes de mariées noires dans les années 1920 (car les femmes se remariaient en deuil de leurs premiers maris tombés au champs d’honneur de la Grande Guerre) des choses comme ça.

Je découvre également que les robes de certains pays étaient le plus souvent des robes presque folkloriques. Enfin, des robes traditionnelles qui ressemblaient plus à des costumes folkloriques qu’à des robes de mariées telles qu’on les imagine aujourd’hui.

exposition robe de mariée

Il y avait des robes qui venaient de tous les pays, de Chine, du Japon, de Bolivie, d’Argentine et également des robes un peu célèbres comme la robe de mariée de la Duchesse de Windsor.

Je monte donc l’exposition, je mets en scène toutes ces robes, et juste après l’exposition, je suis contacté par une agence qui me dit : « Nous allons créer un Salon du Mariage au Carrousel du Louvre (donc très haut de gamme) nous avons vu votre exposition et nous voudrions savoir si éventuellement nous pourrions la remonter en partie à l’entrée du salon. »

Cela parait banal aujourd’hui mais à l’époque, en 1996, les salons du mariage ça n’existait pas en France, c’était vraiment le premier.

Premier Salon du mariage Carrousel du Louvre

Je leur réponds : « Écoutez, pourquoi pas mais l’exposition est démontée, les robes sont reparties, donc je peux étudier la faisabilité mais je ne peux rien vous garantir. »

Je rappelle tous mes contacts, le plus souvent le service culturel des Ambassades, pour savoir quelles robes je pouvais éventuellement faire revenir et, sur la trentaine de robes exposées, je pouvais en faire revenir une dizaine.
Je monte le projet, j’établi un budget : le fait de faire revenir les robes, le transport, l’assurance, la signalétique, la mise en lumière, les honoraires de scénographie, etc…
Et là ils me disent : « Écoutez c’est merveilleux, nous sommes ravis, mais nous avons un seul problème, nous n’avons pas de budget… »

Je leur réponds : « Effectivement, cela risque d’être un problème… »

Ils me proposent alors un échange de marchandises : « Nous vous donnons un stand de la taille de celui pour un grand magasin, soit environ 40m2 (ce qui est quand même très grand car les stands, en général sur les salons, font en moyenne 9m2) et en contrepartie vous nous remontez l’exposition.»

Et moi je leur réponds : « Mais que voulez-vousque je fasse d’un stand sur un salon du mariage qui s’adresse à des particuliers ? Je ne travaille pas beaucoup avec des particuliers, hormis peut-être pour l’architecture intérieur, mais pour les événements NON, et encore moins pour des mariages. »
Mais par principe, je ne dis pas NON, je leur propose d’y réfléchir…

Comme quoi parfois la vie est assez surprenante… vous allez comprendre pourquoi je vous dis cela!

Quelque temps après, je suis contacté par une Américaine vivant à Paris qui m’appelle et qui me dit : « Nous cherchons une agence pour organiser 5 jours sur la Côte d’Azur, pour un groupe d’Américains de 40 personnes, 20 personnes travaillant dans la même firme, accompagnés de leurs épouses, soit 40 personnes au total.
Nous cherchons quelqu’un pour organiser ces 5 jours. »

monaco

On me donne le brief en me disant que pour l’instant il n’y a pas de budget défini (c’était « no limit »), le client est multimilliardaire, plusieurs agences vont être interrogées et celle qui sera retenue, le sera pour l’instant sur son scénario, sur ce qui va être proposé en termes de mise en scène pour ces 5 jours.

C’est la première fois que vous aviez ce type de demande ?

Non, enfin oui, c’était peut-être la première fois sur 5 jours, mais souvent j’ai un peu carte blanche.

Vous savez, si les clients viennent vers nous c’est aussi pour notre créativité et parce qu’ils ont envie que nous imaginions pour eux quelque chose d’unique et de spectaculaire.

Donc, les seules infos que j’avais c’était que les clients arrivaient des États-Unis, de Seattle précisément.
Il fallait donc les prendre en charge à l’aéroport Charles de Gaulle, les emmener sur la Côte d’Azur et terminer le dernier jour, le dimanche, par le Grand Prix de Monaco car le client final était sponsor d’une écurie de formule 1.
Il devait y avoir 4 soirées dont une soirée costumée. Enfin, tout était bien établi sur un cahier des charges.

J’ai donc commencé à réfléchir au projet.
Les clients vont arriver de Seattle, ils auront déjà fait pas mal d’heures d’avion, par conséquent je ne vais pas leur faire reprendre un autre avion pour descendre à Nice. Donc, je vais essayer de les transférer différemment.

transfert luxe

À l’époque une de mes amie s’occupait de l’Orient-Express et l’affrétait entre la Gare de l’Est et Reims, pour aller visiter des caves de Champagne.

Le concept était le suivant, cocktail à bord du train jusqu’à Reims, puis on visitait une Maison de Champagne, pour ensuite remonter à bord du train. Sur le chemin du retour, un dîner était servi dans le wagon-restaurant Lalique.

wagon-Lalique

Je me dis que cela pouvait être une idée différente pour descendre à Nice, donc j’appelle cette amie et je lui demande : « Crois-tu qu’il soit possible d’affréter l’Orient-Express entre la Gare de Lyon et Nice? »

Elle me répond : « Écoute, je vais me renseigner ».

Cette amie me rappelle et me dit : « C’est envisageable, mais uniquement de nuit, car la journée avec les autres trains qui circulent, ce n’est pas possible… ».

Cela voulait donc dire, dormir à bord de l’Orient-Express … par chance il existait des wagons-couchettes très luxueux avec des salles de bain, enfin un truc incroyable, plus le fameux wagon-restaurant Lalique.

Mon idée fut donc de prendre en charge les clients à l’aéroport, de les emmener à la Gare de Lyon avec un service de limousine, de leur organiser un déjeuner au Train Bleu, dans ce très beau restaurant Napoléon III pour le côté très parisien, n’oublions pas qu’ils s’agissait de clients américains, puis tapis rouge sur le quai, avec des bagagistes en uniforme d’époque et là, embarquement à bord de l’Orient-Express, dîner dans le wagon-restaurant Lalique avec un grand chef étoilé, puis passer la nuit à bord…Nous arrivions donc à Nice le lendemain matin.

Ça c’était mon transfert.

ORIENT EXPRESS

Une entrée en matière déjà extraordinaire, vous ne trouvez pas ?

Oui… Mais étant donné que j’avais carte blanche et que le budget était« no limit », il fallait que je trouve des idées différentes des autres agences. Mon rôle c’est aussi d’imaginer des choses incroyables.

Aujourd’hui ça parait très facile, entre guillemets, mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque.
Nous sommes en 1995 et nous n’avions pas encore de téléphone portable, les premiers téléphones portables n’arriveront en France qu’en 1997.
Pas d’Internet non plus pour faire des cherches, on est presque encore avec le minitel, bon j’exagère… mais nous n’en sommes pas loin.

Donc je continue de réfléchir à la suite du programme.

Une autre de mes amies était attachée de presse de la SBM à Monaco.
Je l’appelle un peu naïvement en lui disant : « Est-ce que tu aurais 20 chambres, à l’Hôtel de Paris ou à l’Hermitage, de telle date à telle date (donc forcément en plein Grand Prix de Monaco).
Elle me dit : « Mais tu rêves… nous sommes complets d’une année sur l’autre, il n’y a pas une seule chambre de libre et tu ne trouveras pas une chambre dans un Palace de la Côte d’Azur à cette période. »

En fait cette année-là, le festival de Cannes démarrait en même temps que le Grand Prix de Monaco (maintenant c’est un peu en décalé d’une semaine, quelquefois 10 jours).
Mais cette année-là, le dimanche du Grand Prix de Monaco tombait en plein festival de Cannes !
Il fallait donc que je me rende à l’évidence, toute la Côte était « sinistrée » et je ne trouverai pas une seule chambre dans un Palace à cette période.

Il me fallait trouver une autre solution.
En faisant des recherches, je tombe sur un énorme yacht avec une trentaine de cabines et une piste d’atterrissage pour un hélicoptère, qui mouillait en Australie.
Je prends contact avec les propriétaires et il y avait une possibilité de l’affréter.
Je me dis que la seule solution étaitde faire loger les clients à bord de ce bateau. La journée nous longerions la côte depuis Cannes jusqu’à Monaco et tous les soirs nous descendrions à terre pour une soirée différente.

bateau luxe événement

Ensuite, comme je viens du milieu du cinéma, j’ai appelé une de mes relations en lui demandant s’il était possible d’avoir 40 places pour la montée des marches le soir de l’ouverture du Festival de Cannes, qui avait lieu le mercredi soir, suivi du dîner d’ouverture.
Il me dit : « Écoutez, c’est un peu compliqué mais pourquoi pas ? Je trouve l’idée amusante. Je vous donne un accord de principe, puis en fonction de qui sera le client, nous verrons si cela est possible ou pas. »

Mais je ne savais pas qui était le client.

Le projet avance.

Après l’arrivée en Orient-Express à Nice, transfert en limousine jusqu’à l’héliport afin de déposer les clients en hélicoptère sur le bateau, puisqu’il y avait cette piste d’atterrissage. Ensuite, première soirée : Festival de Cannes, avec la montée des marches, la cérémonie d’ouverture et le dîner.

Ça c’était ma première soirée.

Deuxième soirée, je leur ai proposé la Villa Ephrussi de Rothschild avec un dîner dans les jardins face à la mer.

villa ephrussi

Pour la troisième soirée, qui était la soirée costumée, j’ai pensé à la Villa Kérylos qui est la reconstitution d’un palais grec antique incroyable. Donc je leur propose une soirée sur le thème de la Grèce antique, le tout en costumes. Comme cela devait être une surprise pour les invités, tout devait être bien évidement préparé en amont.
Ils arrivaient dans ce lieu magnifique et avant de le découvrir ils étaient pris en charge par une équipe de coiffeurs, maquilleurs, habilleurs pour une transformation totale.

Soirée KERYLOS MARTHE STEWART

Le dimanche, il y avait le Grand Prix, j’avais prévu d’arriver le samedi matin à Monaco, afin que mes clients puissent faire un peu de shopping l’après-midi.

Puis soirée de Gala à l’Hôtel de Paris.

Et là, toujours mon amie qui s’occupait de la presse pour la SBM, m’appelle et me dit : « Nous avons pour projet de faire venir une partie de la troupe du Crazy Horse au Cabaret du Casino (à l’époque, le Casino avait encore son cabaret, transformé aujourd’hui en Boudha Bar).
Donc, si tu veux, nous pouvons proposer à tes clients de privatiser le cabaret avec un Show du Crazy Horse ! »

C’était parfait : dîner de gala à l’Hôtel de Paris, puis une soirée privée Crazy Horse au Cabaret du Casino, et enfin le dimanche le Grand Prix de Monaco où j’avais privatisé tout un appartement transformé en loge très luxueuse pour admirer la course.

grand prix de monaco

Un seul problème … Notre bateau était plus grand que celui du Prince !

Le protocole, à Monaco, interdit qu’un bateau plus grand que celui du Prince n’entre dans le port.
Il fallait donc que je trouve un second bateau afin de pouvoir entrer dans le port de Monaco. Enfin, ce n’était qu’un petit détail technique, mais bon…

Je présente donc mon projet et mon scénario, à cette Américaine qui me rappelle deux semaines plus tard en me disant : « C’est vous qui êtes retenu. Le client sera à Paris dans trois semaines, vous pourrez alors lui présenter votre budget. »

Je ne savais toujours pas qui était le client final.

Pendant trois semaines, je ne fais que ça, travailler sur le budget : les devis, les devis, les devis, enfin toute la partie budgétisation de l’événement.
Trois semaines plus tard, rendez-vous est pris au Ritz à Paris pour rencontrer le client final.
Et là, on me présente 2 personnes : Bill Gates et Charles Simonyi.

Vous me croirez si vous voulez, mais je savais à peine qui était Bill Gates.

Cela parait assez fou aujourd’hui, mais il est vrai, qu’il y a plus de 20 ans, il était beaucoup moins médiatisé et beaucoup moins connu, même si il était déjà l’un des hommes les plus riches de la planète.

Et puis j’avais toujours été sur MAC donc pour moi Microsoft c’était l’inconnu…Son nom me disait vaguement quelque chose mais sans plus.

Ce n’est qu’après avoir fait des recherches que j’ai tout de suite compris à qui j’avais affaire.
Sur le moment je ne le savais pas, et tant mieux, de ce fait il y avait moins de pression.

Et en fait, ces 5 jours, c’était pour les 40 ans de Bill Gates.

Bill Gates était accompagné de Mr Charles Simonyi.

Charles Simonyi est l’inventeur des logiciels Word et Excel chez Microsoft, il est un des bras droits de Bill Gates et les 20 personnes invitées étaient tous des proches de Bill Gates.

Tous faisaient partie de la même firme et ils étaient invités avec leurs épouses. C’est vraiment la firme à l’américaine, où les gens sont à la fois associés et amis.

On me dit : « Maintenant, pour tous les choix esthétiques, les détails, la décoration, la scénographie, etc…vous travaillerez avec la compagne de Monsieur Simonyi qui est à New York. C’est elle qui prendra toute les décisions et c’est elle qui sera votre référent pour toutes ces questions.»
On me donne son nom et cela ne me disait rien non plus… « Vous traiterez avec Mme Martha Stewart. »

En fait, Martha Stewart c’est la papesse du bon goût aux Etats-Unis.

Elle est à la tête d’un empire de presse avec à la fois des magazines et parallèlement des émissions de télévision : Martha Stewart Living pour la déco, Martha Stewart Cooking pour la cuisine et enfin Martha Stewart Wedding pour le mariage qui reste encore aujourd’hui vraiment le Top des magazines de mariage aux États-Unis. Nous n’avons pas d’équivalent en France…

couverture magazine Martha STEWART

Je pars donc à New York pour la rencontrer, afin qu’elle puisse valider les détails et donner son accord sur la partie esthétique du projet.

Je m’en souviendrai toujours…

New York

J’arrive à JFK, l’aéroport de New York et sur le chemin, dans le taxi qui m’emmenait de l’aéroport à mon hôtel, je ne voyais que des panneaux d’affichage 4 x 3 avec en photo Martha Stewart…

Elle venait de faire une campagne de publicité pour une gamme de peintures qu’elle avait créée pour un grand magasin. Elle posait donc sur ces affiches avec des pots de peinture dans les bras…et je la voyais tous les 100 mètres : Martha Stewart, Martha Stewart, Martha Stewart sur tout le chemin. Je me dis donc oh là là !

Le genre de chose qui vous met une espèce de pression car je n’avais pas mesuré l’ampleur de sa notoriété.

Finalement on s’entend très bien. Martha Stewart valide le projet, corrige deux ou trois choses, puis elle m’invite sur ses shows télé, me fait découvrir ses magazines et notamment son magazine de mariage. J’assiste à l’enregistrement d’une émission et par son biais je découvre, le métier de wedding planner aux États-Unis. Chose qui n’existait absolument pas en France et dont je ne soupçonnais à l’époque même pas l’existence.

C’est vrai qu’aujourd’hui tout ça parait très banal mais, quand on se remet dans le contexte, presque 25 ans en arrière, on se dit « quand même ! »

Je m’aperçois qu’aux États-Unis il n’y avait pas un seul grand mariage qui ne s’organise sans un wedding planner digne de ce nom. Que c’était quelque chose de tout à fait normal et dans les habitudes des Américains.

En rentrant en France, je repense à cette agence et à leur proposition concernant ce nouveau salon du mariage.

06 Christian & Justine-Robe Celestina Agostino 1_Photo Arman Molavi

Je me dis que finalement, lorsqu’un particulier a un événement important à organiser dans sa vie, c’est son mariage. Donc pourquoi ne pas adapter ma technique de travail de l’événementiel, avec la conception et l’organisation d’un événement sur mesure, au mariage?

Et proposer la conception et l’organisation de mariage sur-mesure clés en main.
Je rappelle l’agence et leur dis : « OK, je remonte une partie de l’exposition contre l’échange marchandises d’un stand. Mais je vous préviens, je veux un stand de 40m2 certes, mais je le veux de deux mètres de large sur vingt mètres de long. »
Ils me répondent : « Mais qu’allez-vous faire avec ce type de Stand ? »
Je leur dis: « Ne vous inquiétez pas, moi cela ne m’intéresse pas d’avoir un stand classique, je veux un stand tout en longueur. »

À l’époque je travaillais beaucoup pour le comité des Arts de la Table.
Le comité des Arts de la Table, c’est un peu comme le Comité Vendôme ou le Comité Colbert. C’était un Comité qui comme son nom l’indique s’occupait essentiellement des Arts de la Table.

Baccarat, Christofle, Lalique, St Louis… toutes ces belles maisons étaient réunies dans un seul et même comité, mais qui aujourd’hui malheureusement n’existe plus. Et donc, chaque année je mettais en scène pour eux une grande exposition.
Je mélangeais toutes les Maisons ensemble dans différents décors au sein d’une même thématique.

Je mélangeais toutes les marques, pour avoir un résultat plus proche de la réalité. Parce que dans la vraie vie lorsque vous dressez votre table, vous pouvez avoir un lustre Baccarat et des verres Saint-Louis, vous ne faites pas un total look avec des produits d’une seule Maison.

En revanche, je ne connaissais rien à l’organisation d’un mariage, ni vraiment à l’organisation d’un événement pour des particuliers, étant donné qu’à l’époque je travaillais essentiellement pour des sociétés. Par conséquent, je savais à peine que l’on pouvait louer de la vaisselle par exemple.
J’avais uniquement loué des chaises Napoléon III dorées, avec une assise en velours capitonné rouge et pour tout le reste, je m’étais tout naturellement tourné vers mes contacts du comité des Arts de la Table.

J’avais appelé Baccarat pour leur parler de mon projet de stand et de mon concept. Je voulais faire une longue table de banquet, raison pour laquelle je souhaitais avoir ce stand tout en longueur.

Mon idée était d’avoir cette très longue table, au milieu d’une forêt avec des lustres dans les arbres. Il me fallait donc des lustres en cristal.
Baccarat me dit «pas de soucis» et ils me font livrer trois énormes lustres.
Après j’appelle Saint-Louis pour les verres, Havilland pour la Vaisselle, la Maison Odiot pour des couverts en vermeil…etc.
Je travaillais à l’époque avec un fleuriste qui avait un petit coté « bûcheron » capable des réalisations les plus folles. Je lui dit : « Il faut que tu me fasses une véritable forêt, avec des arbres aux branches très résistantes, car je veux accrocher des lustres de 70kg chacun dans les arbres.»

Donc je présente ce tout nouveau concept d’organisation de mariage sur-mesure clés en main, lors de la première édition du Salon du Mariage au Carrousel du Louvre en janvier 1996.

Avec au centre du stand, cette grande table de banquet, des lustres Baccarat dans les arbres, des verres en cristal de chez Saint-Louis, de la vaisselle Havilland et des couverts en vermeil de la Maison Odiot, bref une table d’un luxe inouï…

J’étais complètement à côté de la plaque finalement, parce même aujourd’hui, pour un événement très Luxe, il est très rare que l’on réunisse toutes ces maisons pour 200 ou 300 personnes.

Même chose pour la robe de mariée, je ne connaissais absolument pas les créateurs de robe de mariées contemporains.
Comme je travaillais également pour la Haute Couture, j’avais un de mes amis qui était le bras droit d’Hubert de Givenchy. Donc je l’appelle et je lui dis : « Est-ce que tu aurais une robe de mariée à me prêter pour mon stand ? Je voudrais que cette robe soit mise en scène dans mon décor. »
Cet ami me répond: « Si tu veux, j’ai la robe de mariée du dernier défilé Haute Couture que je peux te prêter. » Cette robe venait tout juste d’être présentée lors du dernier défilé Haute Couture et portée par Carla Bruni, qui à l’époque était ne l’oublions pas, un mannequin vedette.

Défilé Givenchy Robe Carla Bruni

J’étais ravi et je lui donne mon accord, mais c’était quand même l’équivalent aujourd’hui d’une robe à 300 000 euros.
J’étais donc et je le redis, complètement à côté de la plaque, en présentant une robe à 300.000 euros, des lustres Baccarat avec une vaisselle de luxe pour un concept complètement nouveau dont personne n’avait jamais entendu parler et tout ça, bien évidemment, sans aucune étude de marché parce que j’ai toujours travaillé au feeling.

Ce sont toujours les rencontres, les demandes qui m’ont fait avancer et qui m’ont poussé à aller plus loin.

Arrive le jour du salon. On est en janvier 1996, au Carrousel du Louvre, et là je fais une petite révolution. Comme pour toutes les choses nouvelles, la presse s’enthousiasme et relaie l’information. Le journal ELLE me fait un portrait, le Figaro Madame également et titre « un nouveau concept est né».

Madame Figaro 1997

Le truc est donc parti comme ça, à la fois, non pas sur une erreur, mais sur un projet fait au feeling, avec une image tout de suite très luxe, étant donné que c’est l’univers dans lequel j’ai toujours évolué et dont je suis issu… je ne sais pas vraiment travailler autrement.

Ce fut un démarrage très fort. Les 20 années qui ont suivi, j’ai été directeur artistique de ce même Salon du Mariage au Carrousel du Louvre.

Chaque année, je mettais en scène une exposition thématique, basée sur les anniversaires de mariage (Noces de Cristal, Noce de Corail, Noces de Soie…) et en même temps je présentais mon travail sous la forme d’un énorme décor.

Noce de Corail Jean-Luc Blais
Noce de corail by JLB

NOCES DE CRISTAL par Jean-Luc Blais

Noce de cristal par Jean-Luc Blais

En fait, tout a commencé comme ça.

Je pense que le fait d’avoir été le premier à contribué au fait que la presse ait beaucoup relayé le phénomène.

Magazine Mariage Jean-Luc Blais

De plus, de part mon positionnement très luxe qui n’était pas spécialement calculé, mais qui était inévitablement là, cela m’a permis tout de suite de toucher une clientèle très « haut de gamme ».
Je faisais rêver la majorité des gens, ce qui était bien aussi parce que c’est un métier qui fait rêver et en même temps je m’adressais à une clientèle de niches, qui a toujours été la mienne en fait.

Donc voilà comment j’ai commencé, pour la petite histoire.

Jean-Luc Blais

Crédits Photos :
Printemps Hausseman : pariscapital.com
L’Orient-Express : Thierry Chomel
Martha Stewart lors de la Soirée Grecque : Thierry Chomel
Couple en Noir & Blanc : Arman Molavi
Illustrations : Nicole Pibeaut

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